Hirondelles ou êtes vous

C’est insidieux, on ne s’en aperçoit pas tout de suite, mais l’évidence se fait d’un coup : où sont passées les hirondelles d’antan ? Voilà pourtant un oiseau qui a peuplé et accompagné mon enfance. Elles nichaient, nombreuses sous les toits à la campagne. Je vois encore leur alignement sur les fils électriques, juste avant leur grande migration. Et surtout l’enseignement de mon grand-père sur la météo à venir, infaillible, lorsqu’elles volent haut dans le ciel, le beau temps est assuré, lorsqu’elles rasent les toits, la pluie n’est pas loin… parfois l’une d’entre elles, on en sait pourquoi rentrait dans une pièce de la maison et s’affolait à ne pouvoir sortir, jusqu’à ce que l’on s’occupe d’elle.

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Si familières, si heureuses, d’un seul coup je les cherche du regard par cette belle journée, enfin de printemps, et je prends conscience brutalement que je ne m’étais même pas aperçu, durant toutes ces dernières années de leur disparition. Occupé par tant de choses que je devais supposer importantes, quelque chose d’effroyable s’était produit, en silence et sans bruit. Un drame, un épouvantable drame dont le journal de 20 heures ne parlerait pas, avait eu lieu dans une indifférence quasi générale. On avait bien parlé des abeilles, mais des hirondelles que nenni.

Après quelques recherches pour corroborer mon sentiment, les scientifiques avaient bien fait le constat d’un abaissement plus que conséquent de leur population. Pour les ornithologues la régression aurait commencé dans les années 1970 et serait à ce jour comptable d’une baisse de 84% sur les 10 dernières années observées. Bigre 84 %, le chiffre est énorme… et expliquerait donc ce grand silence dans le ciel et sous les poutres des granges. La pollution qui avait donc, par le biais entre autre des pesticides exterminé une bonne partie des abeilles, aurait donc raréfié les insectes volants, nourritures habituelles des hirondelles.

 

Ce symbole si fort de l’arrivée du printemps aurait donc déserté nos terres et par la même nos cœurs. Oiseaux migrateurs, les hirondelles accrochaient leurs nids aux frondaisons de nos habitations au printemps, car elles avaient l’habitude de passer l’hiver en Afrique. Dès l’automne elles se rassemblaient sur les fils pour s’envoler en cohorte au mauvais temps venu, puis passaient la méditerranée pour des jours plus doux et plus chauds. Si gracieuses et si fragiles en apparence elles n’en faisaient pas moins de 10 000 km de voyage avec pour tout bagages quelques grammes de graisse.

Oiseaux de cœur et de mémoire, ce sont les mêmes hirondelles qui chaque année reviennent nicher au même endroit pour préparer la nichée prochaine. Qui ne s’est approché au bord du nid pour voir les oisillons affamés, le bec tendu hors du nid grand ouvert, attendant la becquetée ? C’est par un va et vient incessant que les parents parcourent jusqu’à plus de 300 km par jour, durant trois semaines pour les mener à l’autonomie.

Oui, elles manquent à mon cœur, et celui-ci en est tout désolé, chagriné de voir s’étioler un peu plus, avec le temps qui passe, le monde de son enfance.

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Date de dernière mise à jour : 02/11/2018

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